Ma critique du film de Patrick Volson

La Bête du Gévaudan - Patrick Volson

Sur la jaquette du DVD, on peut lire ceci :
"Ce thriller de Patrick Volson propose pour la première fois à l'écran une version respectueuse des faits relatés à l'époque".

Je me demande quel sens peut avoir le terme "version respectueuse des faits", quand on voit un jeune abbé Pourcher (manipulé par sa mère) en contemporain de la bête, à la tête d'un groupe de villageois voulant faire accuser - de sorcellerie entre autres- un Jean Chastel rebouteux à Saugues.

Même s'il n'y a rien à nier en ce qui concerne le film en tant que "film", beaucoup reste à dire sur le respect de l'histoire. On retrouve, certes, un chevalier Denneval mais point de Jeanne Valet, de Jacques Portefaix, François Antoine ou bien ceux qui ont fait la vraie histoire de la Bête…

De plus, on a du mal à croire en ce comte De Morangiès qui parcourt les bois du Gévaudan à cheval, revêtu de peaux de loups et le visage peinturluré comme un maori, violant ses victimes puis leur broyant la gorge avec une énorme pince de métal en forme de gueule de loup (…à 52 dents !), avant de laisser le corps à des loups qui l'accompagnent.

Ce ne sont pas tant les faits mais la manière de les présenter qui dérange. Les événements se succèdent sans qu'on sache vraiment le pourquoi des choses et les passionnés de la Bête finissent le film sur leur faim en se disant "Dommage, ça aurait pu être bien…".

Cependant, même si l'on peut reprocher aux acteurs un jeu contemporain trop en décalage avec leurs personnages "historiques", on ne regrette pas ce Jean CHASTEL qui colle bien à l'idée que peuvent s'en faire les connaisseurs. Au moins un truc de bien donc. Mais dans cette trame déjà bien torturé, il ne faut pas oublier le jeune médecin Pierre Rampal (un clin d'œil évident au naturaliste Grégoire de Fronnsac dans le Pacte des Loups) qui s'amourache de Françounette, la fille Chastel accusée d'ensorceler les hommes du pays. J'ai eu beau chercher dans toutes mes documentations, je n'ai pas retrouvé de traces d'une Françounette, fille Chastel… Jeanne, Agnès, Jeanne-Marie, Agnès (deux filles portaient le même prénom : une née en 1737, une en 1741), Catherine, mais point de celle-là. Encore bravo pour la vérité historique !

Comme on peut s'y attendre, le médecin Pierre Rampal est un scientifique qui ne croit pas en un caractère surnaturel de la bête : pour lui il ne s'agit pas d'un loup-garou. Il écarte vite Jean Chastel de la liste des suspects. Est-ce parce qu'il est secrètement tombé amoureux de Françounette ? La piste du sadique sexuel et de ses loups s'impose à l'esprit de Rampal. Quelle belle théorie mais si pauvrement exploitée : on ne sait pas comment les loups sont dressés (ni même s'ils le sont...), ni pourquoi De Morangiès a cette folie du cannibalisme, ni comment le marquis d'Apcher connaissait la vérité pour le comte De Morangiès, ni pourquoi, ni comment, ni qu'est-ce…

Déception et agacement sont donc les deux sentiments principaux qui se dégagent chez les passionnés, pour cette fiction à classer non pas dans la catégorie "Films sur", mais "Films inspiré par" la Bête du Gévaudan. Mais je ne veux pas donner l'impression de détester ce film car je suis avant tout cinéphile, et comme pour le "Pacte des Loups", le film reste quand même bien fait.

Petit plus pour les amoureux de making of, la version DVD offre une demi douzaine de scènes coupées avec le commentaire de Patrick VOLSON, de même que le mini-reportage sur les dressage des "loups" (en fait des chiens loups Tchécoslovaques ou Sarloos) qui reste très intéressant.

Pour finir, même s'il est vrai que je déplore les écarts évidents par rapport à l'histoire de la Bête et le fait que des gens vont le voir en se disant - à tort on est bien d'accord - que c'est l'Histoire, je me dis que le sujet commence à intéresser de plus en plus de cinéastes et qu'il ne serait pas fou d'espérer voir, dans les prochaines années, peut-être les prochaines décennies, un film sur la Vraie Histoire...