Ma critique du livre de Gilbert Provaux

Mortanloup - Gilbert Provaux

Ce livre est un cauchemar.

Dans le sens littéral du terme en plus. Un cauchemar dont nous entrevoyons tous les rouages au fil des pages, scène après scène. Des scènes à priori sans queue ni tête... Il y a bien une logique, puisqu'on part d'une enfance pour terminer sur une vieillesse, mais tout est tourné à la façon des flashes plus ou moins longs dont sont si caractéristiques nos cauchemars. Ce roman renvoit à la perfection la terreur et l'angoisse qui ont du étreindre le Gévaudan à l'époque de la Bête. Les attaques y sont décrites dans une simplicité barbare, fuyant le superflu pour ne garder que l'essentiel.

Ce livre est un cauchemar.

Dieu sait que je suis réfractaire à la thèse boiteuse d'un Antoine Chastel émasculé par des pirates et dresseur de bêtes dans les bois du mont Mouchet, mais là on y croit, à ce jeune sauvage et son ami le - jeune- comte de Mortanloup. La variante est là : celui par qui tout va se faire, se manigancer, l'esprit torturé c'est lui. Le noble serial-killer, c'est lui. C'est, somme toute, très banal comme trame, loin de toute vérité historique, mais honnêtement, je vois bien Jean Chastel comme il est décrit dans ce roman. Plus ou moins notable, travaillant la terre et au château de Mortanloup le jour, la nuit meneur de loups : ces animaux majestueux dont il se presse de faire quitter la province au plus grand nombre, pour échapper aux battues incessantes des hommes qui traquent la Bête.

Ce livre n'est pas qu'un cauchemar.

C'est une descente vers l'Enfer, celui des hommes, bien souvent plus brutal que celui des animaux. Le rythme imposé par un récit qui change sans cesse de narration tient en haleine jusqu'à la dernière phrase. Et comme Pontkalleg, cet armoricain en fuite, nous suivons l'histoire de loin, en nous attardant sur des moments, des pensées, des sentiments. Tantôt Chastel, tantôt Duhamel ou Denneval, nous suivons cet enchevêtrement de flashes à l'apparence chaotique, mais qui tisse tout autour de l'affaire de la Bête, une "simple" histoire d'hommes.

Dans un Gévaudan sauvage, sombre, moyen-âgeux, la Bête est partout, sous chacune des pierres, au détour de chacun des sentiers. Que ce soit hier ou demain, la Bête vit et vivra, c'est la morale de ce roman dont je vous recommande la lecture de toute urgence (public averti toutefois...).

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