Identité possible
La Bête ?

Mettre un nom définitif à la nature de la Bête est un rêve dont les plus sages savent qu'il est impossible, et après lequel les plus téméraires courrent encore. J'estime pour ma part qu'il est impossible, quelques deux-cent quarante-six ans après les premières attaques, de savoir ce qu'a été la Bête (pas que je me considère comme un des plus sages...).

On peut en revanche présenter des pistes, monter des scénarii plausibles, possibles et vous allez voir que l'on n'a pas forcément besoin d'un sadique déguisé ou d'un complot pour expliquer l'affaire. Je vais vous présenter ici mes réflexions sur le sujet. Cela n'a pas la prétention d'apporter une solution définitive, mais au moins on n'y parle pas de trucs impossibles... Après, à vous de vous forger votre opinion. Le but de ce site, et plus encore de cette page, est que les gens puissent se faire leur propre idée. Mes déductions n'engagent que moi et ne sont en rien une référence, mais si ça peut aider...
Voici donc comment je vois la chose.

Premièrement on peut supposer, sans trop se tromper je pense, que l'apparence de la Bête n'était pas vraiment singulière. Entendez par là qu'elle n'était pas hors du commun. On retrouve aujourd'hui moults animaux qui ont des détails similaires. Mais pour quelles raisons un animal aux caractéristiques "banales" n'aurait-il pas été reconnu ? Aurait-il eu un secret, une anomalie ?

Deuxièmement, à la vue de tout ce que j'ai pu apprendre en comportement animalier, la Bête a été conditionnée à attaquer l'être humain. Selon les vétérinaires que j'ai consultés, le cas d'une maladie est à exclure, il ne reste donc que le dressage. Ce dernier a pu être conscient ou accidentel. Mais dans chacun de ces cas, et comme aucun témoignage d'époque ne va dans ce sens, je devrais partir du principe que le dresseur n'a plus eu de contact avec son animal pendant l'affaire.

Mais il ne faut pas perdre de vue qu'un animal conditionné qui est relâché en pleine nature va faire ce pour quoi il a été conditionné pendant un certain temps, avant de perdre ce comportement faute de maître à satisfaire. Le temps de "récupération" d'habitudes plus adaptées à la vie sauvage est incertain et sujet à controverse.

Donc si la bête a bel et bien été conditionnée à tuer les êtres humains, elle a forcément du avoir un contact avec un être humain durant l'affaire. Mais qui ? Dans quelles proprotions ? Etait-ce un rapport maître/canidé au sens strict du terme ? Dans quelle mesure peut-on envisager un secours humain sans que la Bête ne s'y attache ?

Ensuite, en ce qui concerne l'animal en lui-même, on peut douter de sa nature de chien ou d'hybride de chien et de loup, car les types morphologiques correspondant au gabarit de la Bête étaient tous connus des européens. Un croisé aurait probablement rappelé l'original maternel ou paternel et ainsi trahi sa vraie nature, mais on n'est pas à l'abri d'une "erreur" de la nature...

Un loup, qu'il soit de l'est ou d'ailleurs, ressemblera toujours à un loup et là je suis désolé, mais à moins que je ne me sois planté sur toute la ligne, aucun témoignage d'époque n'accuse le loup d'être la Bête. Bien sûr, on peut toujours prétendre que la psychose collective a fait voir un monstre où il n'y avait qu'un "simple loup" (curieux paradoxe pour un loup d'être un simple mangeur d'homme !), on ne m'enlèvera pas de l'idée que la Bête n'en fut pas un.

Alors quoi ? Moi je reste sur la piste du canidé, préférant le chien retourné à l'état sauvage à l'hybride. Pas de place pour le loup en tant qu'acteur de l'affaire, mais comme figurant, très certainement. Les pistes que je favorise sont celles de l'hybride de chien de berger et celle du chien dressé (consciemment ou pas) puis retourné à la vie sauvage (échappé ou relâché). Je ne reste pas hermétique aux autres théories, notamment celle de la "race" de chiens disparue (le Bullenbeisser pour ne citer que lui), ou encore peut-être que la Bête était un fléau de Dieu et qu'Il l'a rappelée près de Lui dans les cieux, pour les siècles et les siècles.

Je suis sûr que certains d'entre vous viennent de dire "amen" (à voix haute ou dans leur tête). Vous imaginez comment nous sommes encore formatés pour penser à travers la religion ? D'accord, ce n'est qu'un mot, mais l'emprise de la religion dans les siècles passés est encore bien présente dans nos esprits, même si certains se proclament athées. Imaginez-vous alors en Gévaudan, milieu dix-huitième siècle. Quand la norme était ce que la Bible dictait. Ce réflexe aujourd'hui anodin était prononcé pleinement, et était lourd de sens à l'époque.

Notre compréhension d'un fait divers extra-ordinaire (dans le sens littéral du terme) et notre aptitude à le résoudre sont liées, mon humble avis, à notre liberté d'esprit. On ne peut pas combattre un animal avec des prières, des messes ni des pélerinages. Ceux qui vous diront le contraire attendent forcément quelque chose de vous en retour. Peut-être que l'explication de l'affaire de la Bête est beaucoup plus simple que toutes les idées folles que j'ai tapées sur cette page, probablement même, mais un mystère enveloppe cet animal qui nous renvoit à nos peurs les plus acnestrales, nos peurs les plus primaires, celle du jour et de la nuit, du bien contre le mal. Nous nous figurons toujours être "les gentils dans la lumière" car, par impudeur et prétention sûrement, l'homme se croît meilleur que toute autre espèce animale.

Et si la Bête, la vraie, se cachait à l'intérieur, dans le plus profond des hommes ?

Encore beaucoup de questions avant de trouver une bonne piste, mais on avance, petit à petit, on avance...

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