Etude du procès de la famille Rodier

Le crime pour lequel la famille est arrêtée avec le complice semble être "vol de chevaux" (cf. Chapitre précédent) et relève de la compétence de Dulac. Ce dernier est lieutenant du prévôt de Montpellier, officier d'épée, juge de robe courte. Il veille sur la justice des provinces du Velay, du Vivarais, des Cévennes et du Gévaudan. À ses ordres, des officiers, archers ou cavaliers qui battent les campagnes pour juger. Ce que Dulac a le droit de juger, c'est l'ordonnance criminelle du 26 août 1670 qui le lui dicte.

Selon la procédure, nous pouvons retracer l'histoire des derniers jours de la famille, du moment de leur capture à celui de leur exécution. Même si bon nombre d'éléments me manquent quant à la forme, le fond de l'histoire a du se passer ainsi :

Je vais développer chaque point par la suite, mais avant je voudrais dire un mot. Les dates me font cruellement défaut pour consolider l'histoire mais des recherches ont été récemment lancées, ce n'est donc plus qu'une question de temps (...) mais on peut supposer ceci : Lafont nous dit dans sa lettre que Dulac a jugé 15 affaires entre août 1761 et avril 1762, ce qui fait une moyenne d'un peu plus de 2 affaires par mois. Comme l'on sait également que Dulac et Lafont vont recueillir les aveux de l'aîné des Rodier pendant "de nombreux jours", on peut penser que cette affaire fut la dernière de Dulac. Tout porte donc à croire que la famille a été arrêtée au plus tard fin février 1762, mais seule la découverte des minutes d'audience pourra nous le confirmer.

La capture :
Une fois saisis, les prisonniers sont conduits aux prisons les plus proches du lieu d'arrestation. Ils doivent l'être sous 24 heures sous peine d'amende pour le prévôt, ici en l'occurrence Dulac. Il lui est interdit pour quelque raison que ce soit, de faire dormir un ou plusieurs prisonniers ailleurs qu'en prison et surtout pas chez un particulier, pour les mêmes raisons. En théorie donc, la famille une fois attrappée, a du partir directement en direction de Mende.

L'emprisonnement :
En arrivant à la prison, Dulac fait l'inventaire exhaustif des effets personnels de chacun des prisonniers. L'argent, les vêtements, les papiers, tout ce que possèdent les voleurs est soigneusement noté devant deux témoins mendois. Ces derniers doivent ensuite signer chaque liste (qui finira aux archives du greffe de Mende) ou, s'ils refusent de le faire, donner la raison de leur refus, qui sera alors mentionnée sur le procès verbal.

Les auditions
La première de toutes, Dulac la fait à l'arrivée des accusés aux geôles. Il dirige les auditions avec l'assesseur (adjoint au juge), ainsi les Rodier ont du être entendus les uns après les autres. Dans les jours qui suivent, les auditions se font devant les juges (au minimum de sept), au tribunal. Si, lors des audiences, de nouvelles accusations sont découvertes, elles seront jugées prévôtalement, c'est à dire sans possibilité d'appel par la suite. Le jugement prévôtal est toujours en dernier ressort. On peut donc en déduire deux choses, étant donnés les détails dont Lafont nous informe dans sa lettre et ceux de la Case matricule de Paul Serres. Lafont parle de vols sur les grands chemins, de meurtres, d'animaux dressés, etc, la case matricule de Paul Serres mentionne juste un vol de chevaux... Alors :

Le jugement
Selon la procédure d'époque pour un tel cas, il aura d'abord été décidé au présidial le plus près si le procès relève de la compétence de Dulac ou non. Ici en l'occurence oui, et Dulac va juger l'affaire dans le tribunal du lieu de capture. C'est pour cette raison que l'on a un jugement rendu à Marvejols le 17 mars (pour Jacques Bourges) et un le lendemain à Mende. Une fois le jugement rendu, deux minutes sont dressées et signées par tous les juges. L'une restera au greffe de Mende, l'autre à celui de la maréchaussée - Montpellier - .

L'exécution :
Si le choix lui est donné de faire se tenir l'exécution où il le désire, on comprend que Dulac exécute les voleurs à Mende : la place sur laquelle se déroulent les exécutions en ce temps là est également celle sur laquelle arrivent les voyageurs venant de l'est et du sud. Rien de meilleur pour faire passer le mot que dans le coin, on ne rigole pas avec la justice. Selon toute vraisemblance, les prisonniers auront été suppliciés selon l'ordre de gravité de leur peine :

Si Lafont fait mention que les juges ont du se concerter et débattre pour se décider sur le sort du père, on peut se douter que cela se sera passé au tribunal et non sur la place d'exécution.

La famille Rodier a donc très certainement été suppliciée dans cet ordre-ci :

Dans le chapitre suivant, j'ai tenté de reconstituer l'exécution avec autant de précisions historiques qu'il m'a été possible de faire. Bien entendu, tout sera à revoir quand nous aurons les minutes du procès sous les yeux...


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