Nouveau portrait d'Etienne Lafont, syndic du diocèse de Mende

Etienne Lafont a toujours été au centre de ma vision de l'affaire. Parce que c'est un des rares, le seul en fait, à avoir vu et su tout ce qui se passait en Gévaudan. Il est essentiel durant l'affaire aux relations entre nobles et les chasseurs officiels, avec l'évêque, avec le gouverneur militaire du Languedoc, ainsi qu'avec des gens plus modestes. Il participe, établi des plans de battues, déplace des troupes, bref il rencontre tout le monde (ou son frère, Trophine, s'en charge à sa place).

Je me le suis souvent imaginé en être dévoué à son peuple, fier d'être le lien entre le peuple et le pouvoir mais c'est sans doute mon côté Disney qui ressort trop, car c'était sans compter sur un document aussi irréfutable que sérieux : les livres de comptes de Mende après la mort de Lafont. Et cela nous en apprend un peu plus sur ce personnage de l'affaire que l'on pensait connaître...

Né le 16 mars 1719 à Marvejols, il est principalement connu pour son rôle de syndic du diocèse de Mende (nommé par les états du Gévaudan tenus à Mende le 17 mars 1749). Mais il était aussi subdélégué de l'Intendant de la province du Languedoc pour le Gévaudan, procureur fiscal de l'évêque Monseigneur de Choiseul Beaupré et avocat au parlement de Toulouse. [Pour ce dernier point, j'ai consulté pas mal d'archives à Toulouse sans trouver la moindre trace d'un "Etienne Lafont - Avocat" dans les archives de justice. Tout porte à croire que le titre était hérité avec sa fonction et ne nécessitait pas d'enregistrement au barreau.]

Le suppléant de monsieur Lafont était Jean-Baptiste Bonicel de Lhermet (1725-1809), avocat au parlement et greffier en titre du diocèse. Il prendra la place de Lafont en tant que syndic lorsque celui-ci mourra dans l'exercice de ses fonctions le 24 août 1779.
Malgré tout ce qu'on a pu entendre ou dire sur ce personnage, il y a une chose qui ne trompe pas, ce sont les comptes du diocèse à sa mort : 166 735 livres de dettes ! On est loin du modèle de droiture qu'on imaginait depuis le temps, loin de cette image de lien honnête entre le peuple et le gouvernement. Car à sa mort, ce fut à sa propre fille de trouver un accord avec les nouveaux gestionnaires pour rembourser la trésorerie : les biens laissés par Lafont ne couvraient pas le trou béant laissé dans les finances du Gévaudan ! D'ailleurs, exemple de détournement de fond en bonne et due forme : en 1764 (c'est à dire au tout début de l'affaire de la Bête), il avait sortit des caisses pas moins de 7000 livres à des fins inconnues (les archives ecclésiastiques de Mende n'en disent pas plus).

C'est pendant son mandat qu'il aura à traiter l'affaire de la famille Rodier.

Le frère d'Etienne, Trophime, qui fut nommé comme fermier gestionnaire des biens agricoles de Mgr de Choiseul à Serverette toucha, pour ses neufs années de fonction, 108 000 livres (soit 12 000 livres annuelles !), mais lorsque l'évêque décède soudainement en juillet 1767, il doit répondre de ces avantages excessifs devant la nouvelle juridiction de l'Hôpital de Mende. Il est sommé de rembourser la somme de 2557 livres à la communauté.

Alors oui, effectivement, l'image qu'on avait de Lafont en prend un peu dans l'aile. Moi qui m'en étais fait un portrait plutôt avantageux de quelqu'un qui faisait tout pour son peuple. Il semblerait que, à l'instar de beaucoup de ceux qui sont un jour à une place de pouvoir, il en ait abusé.
Cela ne remet pas en cause l'affaire ni son rôle en son sein, mais il faudra dorénavant avoir à l'esprit que Lafont n'était pas le philanthrope qu'on pouvait penser. Il agissait en politique, c'est à dire en faisant passer son intérêt personnel avant celui des autres (les dettes liées à son mandat en sont une preuve).

Mais ce n'est que mon avis personnel propre à moi-même au vue des nouvelles informations.
Si vous pensez que j'ai tort ou que vous avez des info qu'il serait intéressant de montrer, cliquez ici.


____________________________________________________________________________

Sources :
- Archives Ecclésiastiques de la Lozère - AD de Mende
- Procès verbaux et délibérations des États du Gévaudan , Tome VII , années 1748, 1749, 1778, (manque 1779), 1780 et 1789.
- Le Clavier des Bestieux



Retour en haut de la page