Présentation des volontaires de Clermont-Prince

Ce qui a fait le plus de dégât à l'histoire de la Bête, et surtout à celle des vrais acteurs de l'affaire, c'est le qualificatif de "dragons du roi" qui a induit les gens en erreur, déjà même à l'époque du monstre. Pourtant depuis 2002, ces informations ont été découvertes (et publiées) et pour les présenter il ne manquait plus qu'une page web, que voici.


Le régiment de Clermont-Prince, dit régiment des Volontaires Etrangers de Clermont-Prince (créé à Liège en 1758), puis des Volontaires de Clermont (voire Légion de...), n'a jamais été un régiment régulier de dragons du roi, mais tout simplement une unité princière de troupes légères composée de cavaliers (nommés "dragons" seulement à partir de 1759), de fusiliers, de grenadiers et d'un état-major. Nous sommes très loin de leur régiment imaginaire des "Dragons de Clermont-Ferrand" ! A l'époque de la Bête, ces dernières compagnies étaient stationnées à Mende : les dragons à pied et à cheval se trouvaient répartis entre les casernes de Langogne et de Pradelles.

Anecdote : au cours des années 1760, l'officier recruteur de ce régiment mixte était un certain sieur de Boissieux (dessin ci-contre), membre d'une importante famille de la noblesse d'Auvergne, qui possédait les terres du Bois Noir près de Langeac, où tomba l'une des premières victimes de la Bête. Il commença sa carrière militaire en tant que volontaire dans l'autre régiment de Clermont-Prince, celui de la cavalerie régulière, créé pour la famille de l'évêque de Mende sous Louis XIV [Le comte de Clermont, patron du régiment qui offrit les chasseurs de la Bestià, était aussi le Mestre-de-camp de ce régiment de cavalerie de Clermont-Prince)]. L'un des illustres descendants du sieur de Boissieux servira dans le troisième regiment de Clermont-Prince (celui des Orléans) en tant que général au côté du Maréchal Lyautey.

Les cavaliers de Clermont-Prince étaient des cavaliers légers casqués et l'on a fini par les désigner comme "dragons" en rapport avec la similitude approchant de leur couvre-chefs avec ceux des dragons réguliers des régiments du roi. Mais cela mis à part, ils étaient habillés à la livrée princière de leur propriétaire, portée sur un uniforme dont la coupe et les agréments seront ceux de la cavalerie de ligne royale à l'ordonnance du ministre Choiseul, à la réforme de 1767. Ils étaient donc, comme toutes les légions (volontaire de ...) en 1763, en avant-garde de la ligne générale à venir qui sera imposée pour la future cavalerie du roi.

Le casque des cavaliers des Volontaires de Clermont-Prince était toutefois bien différent de celui des dragons du roi, même s'il était également en similor alors que les autres légions avaient la coiffe en acier sombre, puisqu'il était pourvu d'une boucle sur l'arrière et comportait une crinière en crin de cheval bien plus courte. Quant à son équipement, l'armement et le harnachement, il était à 98% celui de la cavalerie royale ou princière, absolument pas celui des dragons.


_Fusiller__et__grenadier

La branche des troupes montées du régiment des Volontaires (ou légion) de Clermont-Prince (troupes légères) étaient des cavaliers et en aucun cas des dragons comme l'entendent la majorité des personnes en ce bas-monde ! Les dragons exerçaient leur fonction majoritairement à pied (toujours plus de fantassins que de cavalier) et ne seront inclus comme troupe de cavalerie qu'en 1784. Ce régiment mixte de Clermont-Prince fut constitué en 1758, à partir de l'infanterie, d'un état-major, de la cavalerie et même de l'artillerie à l'origine. Il fallu attendre 1759 pour que l'on commence à désigner ces cavaliers sous le sobriquet de dragons à cause du casque, alors que militairement, ils ne l'étaient absolument pas ! On ajoutait d'ailleurs à chaque fois derrière la désignation de dragons, "des troupes légères", afin que les choses soient bien claires et que l'on sache qu'il ne s'agissait en aucun cas d'un régiment de dragon du roi.

Il faut donc différencier les trois régiments de Clermont-Prince :
- Le régiment des Volontaires Etrangers de Clermont-Prince au Comte de Clermont - Louis de Bourbon-Condé (légion de Clermont-Prince puis de Condé) qui fut celui envoyé en Gévaudan

- Le régiment de cavalerie de ligne royal de Clermont-Prince, fondé pour la Maison de Choiseul sous Louis XIV

- Le régiment de Clermont-Prince des Orléans, créé Nancré-Dragons sous Louis XIV et qui a obtenu ce titre à la Restauration par transmission du dernier prince de Condé au Duc d'Aumale (famille Orléans).

Mais il y a toujours cette vérité-par-ignorance, très répandue, qui a utilisé la triste mémoire des souffrances occasionnées par les "Dragons du roi" dans les Cévennes durant la guerre des Camisards, et fait l'amalgame avec les "Dragons des troupes légères" de l'affaire de la Bête. Alors qu'en réalité, il n'y a jamais eu de dragons royaux à venir chasser la Bête en Gévaudan, mais seulement des cavaliers princiers, majoritairement étrangers.