Etude sur des tirs d'époque

Photos des balles : Alain Parbeau - Dessin d'Apcher : Patrick Berthelot

Afin d'avoir un meilleur avis sur la question, et connaissant Alain Parbeau et ses armes d'époque, j'ai décidé de vous présenter ici à la fois son étude et mon expérience (vidéo plus bas).
Nous nous sommes donnés rendez-vous à Chanteloube pour une séance de tirs sur le terrain d'un particulier (que je remercie du fond du coeur !) le mardi 12 août 2115. Le but principal de la séance étant de définir si oui ou non le poil épais d'un animal pouvait arrêter une balle tirée d'un fusil d'époque.

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Mécanisme à silex

Intéressons-nous un instant au moment de la mort de la Bête, d'un point de vue balistique.
Jean Chastel est posté derrière un buisson, ou quelque arbre qui lui offre la discrétion nécessaire. Il entend les chiens au loin, qui se rapprochent. Il sait, pour pratiquer la chasse lui-même dans le coin, que l'endroit est fréquenté par le gibier. Il voit soudain l'animal arriver dans sa direction. Il arme, attend le bon moment pour tirer. Il faut à ce moment là que le chasseur connaisse bien son arme, car il y a un décalage entre le moment où l'on presse la queue de détente et celui où le coup part. Ceci est du au fait qu'il faut que le silex frappe la batterie, produise une étincelle qui à son tour, va enflammer la poudre du bassinet qui communique avec le canon et fait partir le coup. Ce délai peut aller jusqu'à 1/4 de seconde. Pourtant, d'une seule balle, il tue la Bête en lui arrachant la trachée artère et en brisant l'omoplate gauche (c.f. Rapport Marin).

Mais pourquoi a-t-il réussi lui ce jour là, et pas un autre avant ? Il faut croire, enfin, on ne peut que se rendre à l'évidence qu'il avait chargé son fusil avec un projectile mieux adapté au gabarit de l'animal.
En effet, il a utilisé un calibre 24 (canon : 15,1 mm diam. = balle 14,5 mm diam. + calepin - tissu huilé) et non des chevrotines (généralement 9 petits plombs de 7,5 mm de diamètre).



Récapitulatif: pour un tir effectué sur cible de 50 X 50 cm, à une distance de 50 mètres, l'un avec une balle, l'autre avec des chevrotines, les résultats sont :

Balles
Y'a pas photo, si ? (si, si, juste en dessous)

Ensuite, pour que le tir du chasseur porte ses fruits, il a fallu que Jean Chastel attende que la Bête soit à une distance où il savait qu'elle ne résisterait pas au coup. Cette distance a été estimée, après différents tirs d'essai, entre 15 et 18 mètres par Alain Parbeau. Elle passait en présentant son flanc droit au chasseur, et a reçu le coup fatal avec un angle de tir de 10° à 15°.

Le fameux "Fusil de Jean Chastel" était un fusil à deux canons mais ce jour là, le chasseur n'en utilisa qu'un. Il est plus que probable que Jean Chastel avait chargé les deux canons au cas où la Bête se relèverait, comme on l'avait vu faire plusieurs fois en trois ans, mais il n'eut pas à s'en servir.

Petite précision toutefois : les essais de tirs réalisés par Alain Parbeau concernent les armes à silex que possédaient les paysans les plus aisés ainsi que quelques nobles. Cela ne concerne pas les fusils utilsés, par exemple, par les dragons des troupes légères de Clermont-Prince, ou autres officiels. D'ailleurs, on peut se rendre compte, grâce au coup de carabine salvateur que le garde Rainchard fit sur le "loup" des Chazes, que les armes militaires étaient, quant à elles, bien plus performantes que celles possédées par le peuple (pour en savoir plus sur les armes militaires, retournez à la section "Chasseurs de la Bête").

Impacts
Impacts de chevrotines et de balles tirées à 50m sur une tôle d'acier ordinaire de 3,5mm d'épaisseur

J'ai donc rencontré Alain anaoût 2015 pour avoir une petite démonstration privée. Je voulais tester la potentielle protection que pouvait offrir le poil épais d'un animal, contre les balles tirées des fusils d'époque. Bien que présentant des noeuds sur une épaisseur de quatre centimètres (très difficilement pénétrable même au cutter), un simple tir - à un quart de la puissance utilisé lors des chasses à la Bête - a suffit à transpercer de part en part les poils et le centimètre et demi de planche qui es tenait. Exit donc définitivement l'argument selon lequel le poil de la Bête aurait pu arrêter les plombs tirés avec les fusils d'époque. Une lame à la limite, mais pas une balle.

A la vue de ces impacts on se rend bien compte du peu de dégats que font des chevrotines comparé à celui d'une balle de fusil ou même de carabine ! Il semble indéniable que si la Bête ne fut pas abattue avant le 19 juin 1767, c'est qu'on ne lui a jamais tiré que des projectiles inadaptés à son gabarit...

Mais ce n'est que mon avis personnel propre à moi-même !

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