Présentation de Jean Chastel
Stèle dédiée à Jean Chastel à l'entrée de La-Besseyre-Saint-Mary




S'il est un nom incontournable dans l'affaire de la Bête, en dehors de quelques officiels, c'est bien celui de Jean Chastel. Il inspire à lui seul la sympathie, l'horreur, la pitié ou le dégoût selon la théorie qu'on défend.
Pourquoi ? La réponse est simple : l'ignorance.
Nous savons très peu de choses sur lui et c'est normal : un paysan du 18ème siècle n'écrivait pas sa vie, personne n'écrivait pour lui non plus. Les seules traces qui ont survécu au temps, ne sont que la tradition orale et quelques signatures sur les actes de décès ou les actes de baptêmes, ou encore des mariages. Hormis ça, rien.

Enfin, ça, c'était avant.
Car des nouvelles informations ont été découvertes en 2013 et 2014, puis vérifiées et confirmées (par les défendeurs des deux camps : ceux qui accusent Chastel et ceux qui le défendent).
J'ai moi-même mené l'enquête sur les signatures de Jean Chastel, convaincu que c'était autre chose que la marque d'un esprit dérangé. Et j'avais raison. Et là où c'est amusant, c'est que ça confirme les nouvelles découvertes...





Qui était Jean Chastel

J'ai toujours imaginé Jean Chastel comme un paysan simple travaillant aux champs, braconnant de temps en temps, témoin officiel du curé de la Besseyre. D'une intelligence moyenne mais sachant lire et écrire. Cela peut avoir plusieurs origines : un curé bienveillant dans son enfance, un parent lui-même instruit qui lui sert de professeur, un voisin...
Mais il semblerait que je l'ai sous-estimé.
Commençons par le commencement : la tradition orale.

Jean Chastel était paysan et aussi un très grand chasseur de loups. Dans la famille Chastel on a gardé en mémoire que Jean était un "Tueur de loups". On sait ainsi qu'il savait lire et écrire, ce qui n'était pas très courant à l'époque. C'était un simple paysan mais qui n'avait pas peur de faire valoir ses droits auprès des puissants de l'époque.

Les professions de Jean Chastel n'ont, elles non plus, rien d'extraordinaire, et là on peut être sûr de ce que l'on dit, car tout est consigné dans les nombreux documents où Jean Chastel a signé et qui nous restent. Ainsi on peut dire que Jean Chastel était laboureur/agriculteur, cabaretier et même brassier (brasseur). Attention : un brassier c'est quelqu'un qui travaille avec ses bras, pas quelqu'un qui fait de la bière !
Donc il était sûrement un peut tout ça en même temps : il devait avoir un petit "bar de campagne" et quelques animaux - des vaches très probablement -.

Une vie bien simple en apparence. Mais le premier détail qui a desservit Jean Chastel, c'est sa signature. Là où quasiment tous les hommes signent simplement de leur nom de famille, lui ajoutait des entrelacs interminables..

Signature de Jean Chastel
Signature de Jean Chastel

Signature d'un être tourmenté ?

Ces entrelacs ont été interprétés, dans les années 2000, par la graphologue Anne-Marie Simond, qui avait déclaré dans le reportage de David Teyssandier :
"On avait à faire à un homme secret, prudent, calculé, ayant de la personnalité sans aucun doute, et une personnalité qui pouvait même être assez violente parce que on a un appui très marqué, il est sûr que les plumes de l'époque induisaient souvent un noircissement, mais là on peut penser qu'il avait des pulsions et une nature assez intenses."

Mais comme le documentaire accusait clairement l'homme dans l'affaire, et que je ne suis pas partisan de sa théorie bancale, j'ai voulu en savoir plus. Et je me suis rendu compte que d'autres personnes avaient de tels entrelacs dans leur signature, et qu'ils étaient loin d'être de ceux dont on pouvait douter de la santé mentale, puisqu'il s'agit souvent de notaires ou d'hommes d'église.
Donc Chastel avait un poste spécial au sein du village. Un garçon d'église ?

Signature du curé Hilaire
Celui ci-dessus par exemple, du curé Hilaire, contient le même espèce de paquet de traits, mais il y a des variantes comme le montre le cliché ci-dessous :

Signature du curé Fournier
Et on peut même mélanger les deux types de déco, ce qui donne ceci :

Signature du curé de Septsols

Ces différents styles dans la signature d'un même homme (ici à priori le curé Fournier, de Septsols) ne font que confirmer qu'il était apparemment d'usage, à l'époque, d'orner les signatrues de motifs. On peut d'ailleurs s'en rendre compte avec les paraphes, ces sortes de prolongations des lettres n'ayant aucune valeur grammaticale ou orthographique et dont le but n'est que d'enjoliver la lettre ou le mot.

Mais il faut croire que le quidam de base que je suis ne peux franchir certaines portes : mes questions restaient sans réponses sur les forum de graphologie, dans les universités de lettre, la Bibliothèque Nationale. Personne ne semblait en mesure d'identifier avec certitude la signification de ces excroissances graphiques.
Puis un jour, une réponse m'a été donnée sur le blog d'Odile Halbert. Claire et sans équivoque : les entrelacs sont des "ruches" et ne montrent absolument pas le tourment de l'esprit de son auteur, mais permettent d'authentifier la signature et remplacent le sceau armorié des nobles. Le but est de trouver une authentification difficile à contrefaire notamment pour les chanceliers et les notaires. Bon alors là au moins ça a le mérite d'être clair : Jean Chastel n'était pas du tout un meurtrier tourmenté, mais une sorte de bourgeois, sinon un homme important (financièrement parlant et/ou politiquement). Plus en tout cas que le simple notable que je m'imaginais. Est-ce la raison pour laquelle il a pu s'offrir un fusil à double canons, trop cher pour le paysan de base de l'époque ?

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Les registres de la Besseyre

Encore une fois grâce au concours amical et précieux de Michel Dumas (Généal43), qui m'a fait passer un scan de l'intégralité des registres paroissiaux de la Besseyre de 1677 à 1768, j'ai pu m'amuser à faire un tableau et les statistiques qui vont avec. Cela ne met pas en évidence grand chose de plus qu'on ne savait déjà. En tout cas, aucune surprise. J'étais parti dans l'idée fausse que l'on avait très peu de signatures de Chastel, depuis que j'avais vu le reportage de D. Teyssandier. Alors j'ai voulu vérifier par moi-même.

Comme dirait Franz "Ca c'est quelque chose qu'il faudrait un jour tirer au clair". Alors parlons-en, de ses satanées signatures. Qu'ont-elles de si spécial ? Rien. Ne croyez pas que les statistiques suivantes démontrent quoi que ce soit, ce n'est absolument pas le cas. Ou alors... Enfin vous verrez plus bas.
Le début en premier : combien trouve-t-on de signatures d'un membre de la famille Chastel ? Soixante-dix. Si, si, je les ai comptées pour être sûr. Mais bien entendu, ce qui nous intéresse ici c'est de savoir combien il y en a de Jean Chastel. Et croyez moi on est carrément loin d'en avoir peu !

Soyons donc précis (et justifions mes dernières semaines de travail sur ce sujet...) : il a signé seul pour 5 inhumations, 4 baptêmes et 8 mariages. Si l'on compte en plus les fois où il a signé avec son frère, on doit ajouter 13 inhumations, 17 baptêmes, et 4 mariages. Si on résume un peu tout cela, pour l'instant nous avons :

Ce qui fait un total de 51 actes au bas desquels Jean a apposé sa signature.

Outre ce nombre important de paraphe, cette cinquantaine d'actes nous apporte toutefois une indication non négligeable : Jean Chastel n'est mentionné comme cabaretier qu'une seule fois, le 18 décembre 1748, pour l'inhumation de Jeanne MARIE. Il y a seulement deux actes avant et un seul après, pour lesquels on n'a pas de précision sur le métier. Mais à partir du 26 janvier 1751, pour le mariage de Pierre Boyer et Marie Chaleil, et jusqu'à la fin des registres (fin décembre 1768), il ne sera plus cité qu'en tant que laboureur. Peut-on pour autant dire "Au revoir" à la légende d'un Jean Chastel cabaretier ? Non, mais là, on sait que ce n'était pas officiel, ni son principal travail.

Voilà pour le contexte, passons maintenant à ce qui nous intéresse vraiment, vraiment : les entrelacs. S'il n'est pas étonnant d'en trouver sur l'essentiel des signatures de Jean, il n'y en a pas à chaque fois. Il y a, pour être exact, sept actes qui contiennent une signature sobre et simple :

Le plus étonnant par contre, c'est de se rendre compte que le frère de Jean, Pierre, que l'on a l'habitude de voir signer d'un simple "Chastel" presque scolaire, a lui aussi par quatre fois ajouté le même entrelac à sa signature :

Voilà, c'est tout. Je vous avais prévenu que ces statistiques ne révélaient rien, j'ai tenu ma promesse.
Mais ce n'est pas fini !

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La -grande- famille Chastel

C'est bien mais ce n'est pas assez.
L'explication, c'est Patrick Berthelot qui va la trouver. Toujours à la recherche de la vérité sur les statuts des personnages importants de l'affaire, il a mis au jour un lien de parenté entre les Chastel, les d'Apchier et les de Morangiès !

Hé oui ! Comme on le soupçonnait déjà après les livres de monsieur Aubazac, où il avait démontré que les Chastel avait des cousins et parents à divers degrés dans toute la classe paysanne de la région, il en va de même avec des nobles ! Et là où tout le monde s'est indigné que quelqu'un ose prétendre à de tels liens, on n'a pu que confirmer l'info (qui a été largement dépouillée et étudiée sous toutes ses coutures par des bestiieux de tous les bords).
Alors quels liens ? Par qui ? Depuis quand ?
Tout est là.

En premier lieu, il faut savoir qu'il y a trois familles Chastel distinctes : les Chastel de Servières, ceux de Condres et ceux de La Besseyre. Mais même ceux-là ont une racine commune que je vous livre ci-dessous :


On trouve ensuite la branche des De Chastel de Condres :


Puis les De Chastel de Servières :


Et pour finir, ceux qui nous intéressent le plus, les Chastel de La Besseyre :


Si vous préférez consulter ces documents à tête reposée les voici au format .pdf (nécessite Adobre Acrobate Reader) :
- Généalogie originelle des De Chastel
- Généalogie des De Chastel de Condres
- Généalogie des De Chastel de Servières
- Généalogie des Chastel de La Besseyre Saint Mary

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Conclusion (attention, aspirine recommandée)

Une bien grande famille Chastel, donc.
Jean Chastel - celui qui tua la Bête - n'est plus pour moi le paysan que j'imaginais jusque là. Sa signature ne reflète pas le tourment de son esprit, mais bien une appartenance à une famille noble, les De Chastel de Servières, dont le grand-père de Jean, Pierre Chastel, était peut-être un fils illégitime. Enfin, pas si illégitime que ça puisque son présumé frère Jean De Chastel - seigneur de Servières - sera le parrain de son fils Jean, frère de Claude (père de Jean, le tueur de la Bête).

Cela explique comment un supposé simple paysan a pu acquérir l'arme à double canons qu'on lui connaît : il aura eu les moyens lui-même, ou un parent lui en aura fait cadeau. C'est sans doute aussi la raison pour laquelle son altercation avec les gardes princiers (qui je le rappelle était passible de la peine de mort), ne lui aura coûté que quelques semaines de prison sans autre forme de procès, ou bien la raison pur laquelle il savait lire et écrire...
Bref, il faur revoir complètement l'interprétation qu'on faisait jusqu'à présent de Jean Chastel.
Bien sûr, tout ceci n'est que mon interprétation personnelle des éléments présentés. Je n'estime pas avoir trouvé la vérité, et je vous encourage à me contacter si vous avez des infos sur le sujet, qu'elles aillent dans mon sens ou pas.
Enfin, ce n'est que mon avis personnel propre à moi-même !

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Page réalisée grâce aux propos recueillis auprès de Bernard Soulier, Patrick Berthelot, Marie-Hélène Soubiran, Michel Dumas, Odile Halbert et les membres de son blog, merci à eux !
Généalogies réalisées à partir de la biographie de Mr Pasquet sur les Chastel et des données de Michel Dumas.