Théorie de l'hyrbide pour exliquer la nature de la Bête du Gévaudan
Croisement
Hybride naturel - ici un croisement entre Groendall et Malinois -

Le mythe de la Bête du Gévaudan soulève tout un tas de questions, pas toujours invraisemblables et pour lesquelles, jusqu'ici en tout cas, j'ai trouvé une explication qui me convient. D'après les témoignages d'époque, on décrit la bête comme insensible aux balles tirées des fusils, évitant les pièges, se déplaçant sur de longues distances en une seule journée. Or on sait que la Bête n'était pas un loup. Alors qu'était-ce ?

Pour commencer, on va juste vérifier qu'on parle bien tous de la même chose. Qu'est-ce qu'un hybride ? C'est un croisement dans un même genre, espèce ou sous-espèce. Impossible entre les genres, oublions donc les chimères mi-lion mi-ours. Dans le cas qui nous intéresse, si on part du principe que la Bête était bien un animal, le genre est canis. C'est la seule chose dont on soit absolument sûr en lisant le rapport Marin ou la Lettre d'Auvergne, avec le fait que la Bête ne ressemblait au loup "que par l'arrière" (pattes arrières ?). On pourrait donc penser à un hybride de loup et de chien pour légitimer cette différence anatomique entre le vrai loup et la Bête.

La théorie de l'hybride peut, sous certaines conditions, expliquer l'histoire. Mais sous certaines conditions seulement. La meute d'animaux identiques est à exclure pour une raison évidente de planning : les animaux auraient été vus ensemble, ou à différents endroits en même temps or ce ne fut jamais le cas dans l'affaire de la Bête du Gévaudan. Pas si on en croit tous les documents qu'on a retrouvés jusqu'ici dans les archives départementales. Mais les portées de chiens identiques existent comme le montre la photo qui suit :

Saarloos

J'ai posé la question à Sophie Licari au sujet de l'hybridation et de la possibilité que la Bête fut un hybride. Voici sa réponse :

L'introgression (terme génétique) du chien dans le loup, l'un descendant de l'autre, constamment interfertiles, et partageant pendant des millénaires une même aire de répartition extrêmement vaste (jusqu'à ce que le loup disparaisse complètement de nombreux territoires du fait de l'acharnement des hommes à le détruire), est une donnée marquante de toute l'histoire de la population lupine de tous les continents.

Des vestiges osseux, divers témoignages et de nos jours les études génétiques, font songer que l'hybridation était fréquente. Suivant leur profil psychologique, les hybrides pouvaient vivre une vie de chien, ou de loup dans la nature. Il y avait beaucoup de curiosité au 18ème siècle pour ces hybridations. Buffon lui-même a élevé de tels croisés à titre expérimental (il les appelait "chiens-mulets"). Un hybride de chien et de loup qui, suivant la loterie génétique, aurait eu plus l'aspect d'un loup, ou plus l'aspect d'un chien, voire celui d'un mixage équilibré entre les deux, n'aurait donc pas paru étrange aux gens de l'époque , quelle que soit sa taille imposante.

Le croisement entre un loup et un molosse (ce dernier étant forcément à oreilles tombantes du fait du processus biologique évolutionniste ayant donné naissance à ce morphotype) donne obligatoirement en première génération un animal à oreilles tombantes, et non à oreilles droites comme un loup ou certains autres chiens. La caractéristique oreilles tombantes est génétiquement dominante par rapport à l'autre.

Le chien, même craintif, même agressif, même martyrisé et rendu agressif, est un commensal de l'homme ( organisme qui vit aux dépends d'un autre, sans lui nuire). C'est en outre un animal profondément grégaire. Un chien solitaire qui mange de l'humain pendant des années plutôt que du mouton, et qui ne vient pas simplement faire les "poubelles" autour des villages, ce n'est pas crédible. Quant à un hybride chien/loup qui n'aurait éventuellement pas supporté la proximité humaine, il aurait cherché à s'intégrer à une meute de loups ou une bande de chiens errants."

Sophie Licari

La piste de l'hybride semble donc entachée de retenue, car de quelque race que fut le père (ou la mère, on est bien d'accord) l'hybride n'aurait pas pu avoir un physique "inconnu" des paysans de l'époque. Cela dit je pense, j'espère même, trouver un jour un nouvel élément qui permettra de reprendre la piste de l'hybride, qui était pour moi l'une des meilleures. Mais ce n'est que mon avis personnel propre à moi-même.

Un avis contraire, une autre info à donner ? C'est ici.

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