Présentation de la Bête d'Australie

Ca commence avec un rapport du 6 février 1977 : Lucien Baret, garde fédéral, est temoin de la chasse de la bete qui poursuit un chevreuil dans les bois de Rambervillier. Une sorte d'énorme chien-loup qui chasse à vue, sans le moindre coup de gueule. Puis en moins de dix semaines, ce sont pas loin de soixante deux brebis, quatre agneaux et un taurillon (de 300 Kg tout de même) qui seront égorgés, plus une dizaine de boeufs qui seront attaqués. Ce qui semblait être au début un fait divers mettant en scène de simples chiens errants se transforme alors en affaire de Bête, où tout le monde y va de son pronostic. D'abord on parle de loup, de chien, de lynx.

Puis la suspicion se porte sur les hommes. On en pointe certains du doigt, mais le favori, c'est Herr Reinartz, propriétaire d'une vaste propriété recouvrant partiellement l'ancien terrain de chasse le plus battu des alentours. En plus, pas de bol pour cet industriel allemand, il a un nom proche de celui d'un colonel Allemand nazi qui a commi des exactions dans la région lors de la seconde guerre mondiale, seulement 30 ans auparavant, le colonel Reinardt. Une similitude qui ranime les vieilles rancoeurs. Monsieur Reinartz craint pour sa vie. A-t-il fait venir un couple de loup pour garder son domaine, puis qui se seraient échappés, comme le veut la légende de certains ? Certainement pas. Le loup n'attaque que dans certaines conditions qui n'étaient pas remplies ici : le domaine de monsieur Reinartz étant un domaine de chasse, des loups auraient eu de quoi se nourrir sans aller chercher au-delà des clôtures ce qu'ils avaient dans une cage. Une grande cage ( plusieurs hectares), mais une cage néanmoins.

Et contre toute attente, à des années lumières de la télé réalité, la presse s'enflamme : on attaque l'industriel allemand. On l'invective, on l'insulte sur la première page de certains journaux. L'affaire va jusqu'au tribunal. Eut-il été d'une autre origine, rien de tout ça n'aurait probablement dégénéré de la sorte. Curieux tours que nous joue parfois la vie... Evidemment, ce tour de passe-passe n'en laisse pas moins mourir les troupeaux sous la dent de la Bête. Toujours et encore.

Puis un jour, grosso modo un an plus tard, Tout s'arrête.
Plus de massacres, plus bêtes à abattre au petit matin. Aussi mystérieusement qu'elle est apparue, la Bête des Vosges a disparu. Envolée. Tout ceci, bien évidemment sans que personne ne sache vraiment pourquoi. Mais derrière elle, la Bête laisse beaucoup de questions sans réponses et même trente-deux ans plus tard, les langues ne se délient pas. Des pistes peut-être, des certitudes sans aucun doute, mais ceux qui savent ou croient savoir alimentent la légende. On peut imaginer ce qu'on en lira dans deux-cent dix ans, quand d'autres porteront sur cette affaire le regard que nous portons aujourd'hui sur celle du Gévaudan. Que de combats en perspective pour les générations futures !

Il est impossible de ne pas voir dans cette affaire de nombreuses similitudes avec celle de la Bête du Gévaudan. Même magie noire semblant envelopper l'animal qui file sans cesse entre les doigts des chasseurs. Des battues sont organiées, mais avec les mêmes effets que celles de Duhamel, et bien que faites avec des moyens que le dix-huitième siècle ne connaissait pas. Un jour même, la Bête arrive à sortir d'une traque parce que l'un des chasseurs n'était pas à son poste. Etrange rappel de la révolte des nobles du Malzieu en 1765, qui avait elle-aussi permis à la Bête d'échapper à une traque à cause d'un poste qui n'était pas gardé.

Et de fil en aiguille, on se rend compte que cette affaire-ci n'est pas si éloignée de celle du Gévaudan. Certes, aucune victime humaine n'est à déplorer mais l'engrenage, le mécanisme qui se met en place lorsque survient un épisode aussi déconcertant reste le même. D'abord on cherche à relativiser : c'est un loup, ça sera vite réglé. Puis comme la Bête évite les battues, les pièges et les poisons, elle en devient un outil de vengeance. Dans le Gévaudan du dix-huitième, l'évêque de Choiseul Beaupré voit en la Bête l'arme vengeresse de Dieu. En 1977 dans les Vosges, ça vire vite au chien téléguidé à distance. Mais personne n'en soufflera mot.

Personne ? . . .

Bête des Vosges

Ci-dessus et ci-dessous, deux des trois seuls clichés de la fameuse Bête, réalisés dans les premiers temps de l'affaire. D'autant diront que cela prouve que c'était un loup, je me contenterai de dire que cela prouve que c'était un canidé. Fut-il un loup est impossible, selon moi, à définir en ne se basant que sur ces photos.

Bête des Vosges

À son échelle, plus réduite, la Bête des Vosges a marqué l'histoire de France. Elle a laissé ses traces dans les journaux, sur pellicule, dans les esprits - encore assez vivement - même, et toujours cette inexorable question qui revient sur les lèvres de tous : alors, la Bête, c'était quoi ?

Pour répondre à cette question, j'ai demandé à Daniel Jumentier, qui nous a éclairé à propos d'un éventuel dressage de la Bête du Gévaudan. "Quel rapport ?" allez-vous me dire. Lors de l'affaire de la Bête des Vosges, et ce fut une grande première dans une affaire de ce type, on a fait appel à un chien policier pour traquer la Bête. Ce chien s'appellait Edo. Un cynotechnicien fut dépêché sur place pour mener l'enquête de concert avec le canidé, ce fut monsieur Bourgeois et Daniel se trouva là en tant qu'observateur du maître chien. Il était présent le jour où les photos ci-dessus ont été prises, il a lui-même vu la Bête de loin...

Son avis sur cette affaire :
L'animal, certainement un croisement chien loup de première ou seconde génération d'au moins soixante kilos, aurait été lâché sur les troupeaux pour atteindre les propriétaires. Une vengeance entre hommes, mais par animaux interposés. On peut voir deux périodes dans les attaques : au début la Bête se cantonne à des attaques en plaine, puis elle passe sur la Bresse et là devient comme folle. Selon Daniel, une seule raison à cet accès de folie : la perte de son maître.

Je vous rapelle quelques règles de base pour dresser un chien à tuer : s'il est lâché en pleine nature, un contact régulier - mais pas quotidien - avec le dresseur est nécessaire pour entretenir le désir de satisfaction de l'animal. Si ce contact cesse, l'animal devrait, en toute logique, perdre ses réflexes de dressage au profit de réflexes mieux adaptés à sa survie en milieu naturel. Mais le chien est un animal qui ne craint pas l'homme. Sa vision et sa compréhension du bien et du mal sont très relatifs. Il n'en faudra pas beaucoup pour que l'animal ne pète son dernier plomb de sécurité et ne tombe dans la frénésie pure et simple. Ca arrive. On peut éventuellement envisager un déroulement pareil pour cette affaire, ça tient la route dans la durée (une année pas plus) mais une autre solution peut être envisagée. La maladie.

Cette explication tient également la route d'un point de vue temporel. Un animal agressif dont le propriétaire perd le contrôle ou abandonne : on connaît les chiffres alarmants des chiens dans les refuges, en attente d'un maître...ou d'une injection, mais combien se trouvent dans la nature sans être jamais resensés ? Pour peu que ce chien agressif ait été "victime" d'une tentative maladroite de correction par son maître qui dans sa fougue lui atteint la tête... On peut avoir un mauvais coup qui dégénère en hémoragie et qui rend l'animal de plus en plus dingue jusqu'au dénouement fatal de la mort, et la cesssation sans raison apparente de massacres "réguliers".

Ou alors, comme le pense Daniel, le maître de l'hybride, celui dont la voiture a souvent été vue dans les environs des lieux d'attaque de la Bête (témoignage recueilli par Daniel sur place, mais dont les autorités n'ont jamais voulu entendre parler), n'ait fini par abattre son propre animal, estimant que la vengeance était accomplie, peut-être car l'animal devenait trop fou.

On n'en saura jamais rien de plus, mais si on veut se documenter sur le sujet, je recommande vivement le reportage de Robin Hunzinger (La Bête ds Vosges, autopsie d'une rumeur) qui, bien que la Bête ne soit finalement qu'un prétexte pour montrer les marques laissées par l'affaire dans les esprits, n'en retrace pas moins d'une manière intéressante ce fait divers récent. Il y a encore tous les sites web qui traitent de l'affaire. À vous de faire le reste du chemin je n'irai, pour ma part, pas plus loin dans mes investigations sur cette affaire.


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