Présentation d'autres Bêtes qui ont sévi en France

Il semble que la "bête du Benais" se manifesta pour la première fois le 19 février 1693 en dévorant un jeune garçon de 9 ans, Pierre Boireau, de Saint-Patrice. Sur le coup, cet accident, presque banal dans cette région où les loups étaient légion, n'inquiéta personne outre mesure.

Quelques jours plus tard, le 24 février, plus au nord, près de Continvoir, on retrouvait le corps déchiqueté de la petite Antoinette Doriant, une fillette de 7 ans, On ne vit d'abord dans ces deux drames qu'un malheureux hasard. Mais, bientôt, d'autres victimes étaient signalées ici ou là dans les paroisses qui entouraient la forêt de Benais : aux Essards, à Restigné, à Bourgueil... ou encore à Courléon, dans l'Anjou tout proche. Il fallait se rendre à l'évidence : tous ces drames étaient liés !

Comme toujours en pareil cas, on croyait voir la bête partout. Des "témoins" la décrivaient avec force détails. On la présentait de plus en plus grosse, de plus en plus monstrueuse... Dans l'esprit de la majorité des gens, il ne faisait guère de doute qu'il ne pouvait s'agir que d'une bête diabolique. Ce qui frappait le plus les imaginations, c'était que le fauve ne touchait pas au bétail mais s'acharnait uniquement sur les êtres humains en faisant preuve d'une sauvagerie inouïe.

L'affaire commençait à faire du bruit dans le nord de la Touraine. L'Intendant du Roi, M. de Miromesnil, alerté, s'inquiéta lui aussi. Il garda cependant la tête froide et estima que ces agressions répétées devaient être le fait de plusieurs loups et non d'une seule bête. Le 25 juin, dans sa correspondance, il indique "qu'en l'espace de trois mois, ces loups ont étranglé plus de soixante-dix personnes et en ont blessé considérablement au moins autant". Puis il donne des indications intéressantes sur ces fauves et sur leur comportement surprenant : "Passant à côté des vaches sans s'y arrêter, ils viennent attaquer ceux qui les gardent. Le mal en est venu à un point...qu'on n'ose plus aller garder les bestiaux à la pâture. Les habitants des paroisses voisines se sont rassemblés et en ont tué trois, qui ne font que le moindre nombre, plusieurs personnes ayant été encore attaquées de nouveau.

Les battues entreprises à diverses reprises n'eurent en fait guère de résultat. Il faut dire que les refuges ne manquaient pas pour ces animaux méfiants et rapides dans cette région sauvage.

Le curé de Varennes sur Loire, dans l'Anjou voisin, pensait, comme l'Intendant de Touraine, qu'il y avait sans doute plusieurs bêtes mais qu'il ne s'agissait peut-être pas de loups ordinaires : "Elles étaient presque de la façon d'un loup, écrit-il, sinon qu'elles avaient la gueule plus grande... Lorsqu'elles voyaient des personnes, elles les flattaient à la manière d'un chien, puis leur sautaient à la gorge : on croyait que c'étaient des loups cerviers (lynx), on n'en était pas sûr."

Le commun des mortels, en tout cas, ne parlait que de la bête du Benais !

Au fur et à mesure que les semaines passaient, la liste des malheureuses victimes s'allongeait. Personne n'osait plus s'aventurer dans les campagnes et encore moins dans les bois... Mais malgré les précautions prises, les attaques meurtrières continuaient.

À la fin du mois de novembre 1693, on assista même à une véritable hécatombe. La "Bête" frappa le 18 à Langeais, le 19 à Bourgueil, le 22 à Continvoir, le 23 à nouveau à Bourgueil, le 25 à Restigné, le 26 à Benais, le 27 une fois de plus à Restigné. À Mazières, du 29 novembre au 3 décembre, on enregistra quatre victimes. La paroisse de Langeais paya un lourd tribu au monstre : en trois jours, les 29 et 30 novembre et le 1er décembre, , la "Bête" tua trois personnes. Deux semaines plus tard, en trois jours successifs également, (13, 14 et 15 décembre), elle récidivait et faisait, toujours à Langeais, trois autres victimes !

L'année 1693 se termina ans une atmosphère d'effroi. La nouvelle année ne commença guère mieux. Les "exploits" de la "Bête du Benais" continuaient de plus belle. Début mars, par exemple, plusieurs enfants de Continvoir furent dévorés.

Désespérés, les habitants ne savaient plus ce qu'ils pouvaient faire pour arrêter le fléau. Le clergé local multiplia les prières... Le Ciel, après avoir fait longtemps la sourde oreille, finit, semble-t-il, par les entendre. Au début du mois d'août en effet, le carnage cessa.

On put alors tenter de faire un bilan. Le curé de Varennes exagère-t-il lorsqu'il avance le chiffre de 250 victimes ?

Marie-Rose Souty qui a consulté tous les registres paroissiaux du secteur, a relevé 95 décès dus avec certitude à la "Bête", mais elle précise que ce nombre est forcément très inférieur à la réalité car beaucoup de curés ne mentionnaient pas les causes du décès de leurs paroissiens. Elle estime qu'il y a eu au moins 200 victimes en un an et demi, ce qui représente en moyenne une bonne dizaine de morts par mois. Elle souligne également que toutes les victimes recensées étaient des femmes ou des enfants, la "Bête" semblant apprécier particulièrement la "chair fraîche". Plus exactement elle préférait attaquer les personnes les plus faibles. La "Bête du Gévaudan" avait d'ailleurs les mêmes préférences mais elle se contentait en moyenne de trois victimes par mois.

Texte tiré du livre de Bernard Briais "Bêtes en Tourraine" Editions CLD


Retour en haut de la page