Rapport de la chasse des Chazes

"L'an mil sept cent soixante-cinq le dix-neuvième jour du présent mois de Septembre, Nous, François Antoine, chevalier de l'ordre royal et militaire de St. Louis, porte-arquebuse du Roi, lieutenant des chasses de Sa Majesté, étant par ses ordres rendu dans les 2 généralités d'Auvergne et de Gévaudan, à l'effet d'y détruire la bête féroce qui y dévore les habitants, nous étant transporté avec le sieur de Lacoste garde-général, Pelissier, Reynault et Dumoulin, gardes-chasse de la capitainerie royale de St. Germain, les sieurs Lacour et Rinchard, gardes à cheval de Son Altesse Sérénissime Mgr. le duc d'Orléans, premier prince du sang; le sieur Lesteur, Lachoney et Bonnet, gardes-chasse de Son Altesse Sérénissime Mgr. le duc de Penthièvre, à l'abbaye royale des Chazes en Auvergne, ayant été informé que les loups y faisaient beaucoup de ravage, c'est ce qui nous a fait envoyer le 18 les sieurs Pélissier et Lacour, gardes-chasse avec leurs limiers et Lafeuille valet des limiers de la Louveterie du Roi pour reconnaître les bois de la réserve des Dames de l'abbaye royale des Chazes; et le lendemain 19 dudit mois, ils nous auraient envoyé avertir par le sieur Bonnet qu'ils avaient vu un très grand loup et qu'ils avaient pleine connaissance aussi dans ledit bois d'une louve avec des louveteaux assez forts, ce qui nous a fait aussitôt partir tout de suite pour aller coucher audit lieu des Chazes en Auvergne, distance du Besset de 3 petites lieues, et le lendemain vingtième dudit mois, lesdits 3 valets de limiers et le nommé Berry, valet de chiens, nous ayant fait rapport qu'ils avaient détourné ledit grand loup, la louve et les louveteaux dans les bois de Pommier dépendant de ladite réserve, nous nous y sommes transporté avec tous les gardes-chasses et 40 tireurs habitants de la ville de Langeac et des paroisses voisines, où après être tous placés pour entourer ledit bois, lesdits valets de limiers et les chiens de la Louveterie s'étant mis à fouler ledit bois, nous François Antoine, es dits noms, étant placé à un détroit, il nous serait venu par un sentier à la distance de 50 pas, ce grand loup en présentant le côté droit et tournant la tête pour me regarder et sur le champ je lui ai tiré un coup de derrière de ma canardière, chargée de 5 coups de poudre, de 35 postes à loup et d'une balle de calibre dont l'effort du coup m'a fait reculer 2 pas; mais ledit loup est tombé aussitôt ayant reçu la balle dans l'oil droit, et toutes lesdits postes dans le côté droit tout près de l'épaule, et comme je criais hallali, il s'est relevé et est revenu sur moi en tournant et sans me donner le temps de recharger ma dite arme, j'ai appelé à mon secours le sieur Rinchard, placé près de moi, qui l'a trouvé arrêté à 10 pas de moi et lui a tiré dans le derrière un coup de sa carabine, qui l'a fait refuir environ 25 pas dans la plaine où il est tombé raide mort. Nous François Antoine, es dits noms, et nous Jacques Lafont, avec tous les gardes-chasse ci-dessus déclarés, ayant examiné ce loup avons reconnu qu'il avait 32 pouces de hauteur après sa mort, 5 pieds 7 pouces et demi de longueur, que la grosseur de son corps était de 3 pieds et que les crocs, les dents mâchelières, et les pieds de cet animal nous ont paru des plus extraordinaires; ledit loup pesait 130 livres. Nous déclarons par le présent procès-verbal, signé de notre main n'avoir jamais vu aucun loup qui pût se comparer à cet animal, c'est pourquoi nous avons jugé que ce pourrait bien être la Bête cruelle, ou un loup dévorant, qui a tant fait de ravage et pour en prendre une plus grande connaissance, nous avons fait ouvrir ledit loup par le sieur Boulanger, chirurgien expert de la ville de Saugues qui en a fait son rapport en présence de MM. Antoine, père et fils, de M. Lafont, de tous les gardes-chasse soussignés, des 2 valets de limiers de la Louveterie du Roi, de M. Torrent, curé de Venteuges, de M. Jean-Joseph Vernet et son frère de la ville de Saugues, de M. Torrent de Laveze, paroisse de Venteuges et de M. Mousson de la paroisse de Grèze, et sur ce, s'est présenté premièrement M. Torrent, curé de la paroisse de Venteuges et Guillaume Gavier, consul de ladite paroisse, qui nous ont amené le nommé Jean-Pierre Lourd, âgé de 15 ans et Marie Trincard, âgée de 11 ans, qui nous ont déclaré tous 2 après avoir examiné ledit loup, que c'était la même bête qui les avaient attaqués, et blessé ladite Marie Trincard, le 21 juin dernier, ainsi qu'il est déclaré par le présent procès-verbal fait par nous, en conséquence et ne sachant écrire ni l'un ni l'autre, M. le curé et le sieur Gavier, consul, ont signé pour eux au bas du présent procès-verbal; en second lieu, M. Bertrand Louis Dumont, curé de la paroisse de Paulhac et le sieur Ducros, consul de ladite paroisse, nous ont amené les nommées Marie-Jeanne Vallet et Thérèse Vallet, sa sour, qui ont déclaré avoir été attaquées le 11 du mois d'août dernier par ladite Bête, suivant et ainsi qu'il est déclaré par le procès-verbal fait en conséquence, lesquelles 2 sours après avoir bien examiné ledit loup elles ont déclaré que c'était la même Bête qui les avaient attaquées et ont reconnu le coup de baïonnette qui leur a été représenté et que la Bête avait reçu à l'épaule droite, sur laquelle interrogation elle a répondu qu'elle ne pouvait déclarer où elle l'avait blessée, à été représenté aussi Guillaume Bergounhoux et son frère; Jean Bergounhoux l'aîné, âgé de 17 à 18 ans et son frère cadet de 15 ans, et ont déclaré tous 2 avoir été attaqués de ladite Bête le 9 août dernier et secourus par Pierre Mercier, garde-juré de M. le Baron du Besset, lesquels après avoir aussi examiné de toutes parts ledit loup, ont déclaré l'avoir bien reconnu totalement pour la même Bête qui les avaient attaqués, ainsi que la nommée Marie-Jeanne Mercier, âgée de 11 ans attaquée aussi à la même heure et qui fut défendue par Pierre Vidal, qui a déclaré que ledit loup est la même Bête qui avait attaqué ladite nommée Marie-Jeanne Mercier, lesquels ne sachant signer ni les uns ni les autres, ledit M. Dumont, curé, et ledit sieur Duclos, ont signé au bas du présent procès-verbal; lequel examen fait autant que le temps l'a pu permettre, nous avons jugé qu'il était convenable d'envoyer ledit loup en poste par le sieur Antoine de Beauterne, notre fils, accompagné du sieur Lacoste, garde-général, à M. de Ballainvilliers, intendant de la province d'Auvergne, pour en disposer suivant ce qu'il jugera nécessaire. Et ayant laissé le sieur Lachenay, garde de Mgr. le duc de Penthièvre, prince du sang, au Besset, pour venir nous donner avis de ce qui se passerait dans ce canton, suivant les connaissances que lui en aurait donné M. Lafont, qui avait bien voulu s'en charger, il doit être compris au service du Roi, comme s'il eût été présent à notre chasse. Fait au bois de la réserve des dames de l'abbaye royale des Chazes en Auvergne. Par supplément M. le curé de Venteuges, vient de me présenter la nommée Marie Anne [Camisolle ?], âgée d'environ 20 ans, le nommé Jean Fontanier, âgé d'environ 15 ans et Jacques Ollier, âgé de 12 ans, ses paroissiens, du lieu de Combret, qui ont dit tous unanimement reconnaître cette Bête pour être la même qui leur a apparu le 21 du mois de juin dernier; et ont déclaré aussi ne savoir signer, et nous affirmons pour fait véritable le présent procès-verbal les jour et an que dessus.
Signés Antoine, Antoine de Beauterne, Lacoste, Pélissier, Renaud et Moulin; Lafont, Rinchard, Lafleur, Lesteur, Dumont, curé de Paulhac, Torrent, curé, de Venteuges, Lacour, Bonnet, Bertonnier, Lafeuille, Mausson, Clernet, Bigon, Lamada Sauveton, chirurgien, Boulanger, chirurgien, Torrent, Bigot, consul; Ducros, consul, Gavier.

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Nous François Boulanger, maître chirurgien juré de la ville de Saugues, déclare avoir fait l'ouverture d'un loup par ordre de M. Antoine lequel après l'avoir vidé et sorti les entrailles, avons trouvé plusieurs lambeaux de chair et ossements lesquels ossements nous n'avons pas bien pu discerner, si ce n'est quelques côtes de mouton, laquelle ouverture à été faite en présence de M. Antoine, M. son fils, M. Lafont, MM. Les gardes-chasse et les habitants du Besset et autres. Je certifie le présent rapport sincère et véritable.
Fait au Besset le 21 Septembre 1765. Signé: Boulanger chirurgien. »

Archives Départementales du Puy de Dôme Côte c. 1736/27

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